Je ne crois plus aux mots des poèmes

S’il y a un qualificatif à donner à l’écriture d’Artaud, c’est bien celui d’inclassable. S’échappant sans cesse de toutes les catégories littéraires, des mouvements de son siècle, il s’y fond un instant pour s’en distinguer férocement. Antonin Artaud est une aberration, une entité en-soi qui « invente un corps d’écriture forçant toute limite, déployé dans tous les sens d’une page, d’un volume, écran et théâtre, peinture, musique et chambre d’échos, éclats de signes à l’infini » (Evelyne Grosseman).
Entendre l’écriture d’Artaud pour réveiller les corps : c’est un cri de révolte, une insurrection. Dire Artaud c’est réintégrer des pans entiers de matières physiques enfouis dans le texte, de sons inimaginables à réincarner. C’est une exploration, un voyage vers un monde poétique à retrouver.
Je ne crois plus aux mots des poèmes remet en question l’existence même, emmène les esprits vers des contrées interdites, confère aux sons des formes et des matières inédites dans un espace à réinventer pour comprendre « la géométrie sans espace et [apprendre] ce qu’est la configuration de l’esprit » (Artaud).